Au fil de la Loire 3

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Mercredi 20 avril

Belleville – Châteauneuf-sur-Loire 121 km  

 En mettant le nez dehors nous apercevons avec horreur ces maudites tours qui sont juste devant nous, pour ainsi dire à portée de main. Finalement nous ne regrettons pas d’être arrivés de nuit, hier soir, car si on avait vu le paysage, il est certain qu’on aurait préféré rouler toute la nuit plutôt que de s’installer là.

            La première visite du jour est pour le port de Châtillon-sur-Loire, où des péniches servent de logement à quelques « originaux » qui ont choisi ce mode d’habitat. Discussion avec deux hommes qui s’affairent à entretenir la leur ; ils nous expliquent leur mode de vie à bord, les plaisirs qu’ils en éprouvent, les règlements drastiques auxquels ils sont assujettis, etc. Insolite et instructive « leçon de choses ».

            Puis c’est Briare et son pont-canal, construit par Eiffel de 1890 à 1894, d’une longueur de 662,29 m, juste ce qu’il faut pour franchir la Loire ! Un ouvrage similaire mais plus petit existe à Béziers, dans l’Hérault ; construit en pierre par Paul Riquet pour permettre au canal
du Midi de franchir la rivière Orb.

            Le château de Gien nous donne ensuite à admirer une belle collection d’objets ayant trait à la chasse à travers les âges, surtout la chasse à courre, armes anciennes, la plupart savamment ciselées, poires à poudre, appeaux, tapisseries, tableaux, eaux-fortes, ainsi qu’une impressionnante collection de trophées qui tapisse les murs de plusieurs vastes salles. Pauvres bêtes ! Il y a aussi un musée de la faïence mais il est fermé provisoirement pour cause de réaménagement.

            En traversant le village de Gondon, indication par panneau routier de l’existence d’une aire pour camping-cars ; elle n’est pas mentionnée par le guide ; on ne s’arrête pas mais avis aux intéressés.

            Quelques kilomètres plus loin nous faisons halte à Sully-sur-Loire pour y visiter l’imposant château féodal. Comme son nom l’indique, il appartenait au ministre Sully, l’acolyte d’Henri IV. La visite vaut vraiment la peine.

            Et la journée s’achève à Châteauneuf-sur-Loire, après avoir dépassé une deuxième centrale nucléaire plantée là comme pour gâcher l’un des plus remarquables  paysages de ce beau pays. Car la Loire est, dit-on, le seul fleuve d’Europe au cours totalement libre, sauvage, classé même par l’Unesco puisqu’il est inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité. Mais de qui se moque-t-on ? Les tours de béton des centrales sont-elles aussi classées ? Quand tout sera mort dans ce fleuve qui ne sera plus qu’un effluent d’excréments humains, sans vie, trop chaud au goût de la faune et de la flore, trop sale, boueux, nauséabond ! Enfin bon, on n’est pas là pour s’exciter.

            Ici il y a une aire de services gratuite juste à l’entrée du camping. Très pratique pour les W.-C. fixes de type « marine », une grande trappe au sol, malheureusement au milieu de la pelouse, ce qui oblige à y rouler dessus. Fort débit d’eau propre qui accélère le remplissage des réservoirs. Le camping est à 6,50 € sans électricité pour 2 personnes et le camping-car ; c’est vraiment pas la peine de s’en passer, surtout que le coin semble sympa. Semble, dis-je, car à l’inscription on nous remet des consignes d’évacuation en cas d’inondations. Le terrain est en zone inondable et ne surplombe que de quelques dizaines de centimètres le bouillon impétueux. Ces mesures disent qu’il faut tout abandonner et se sauver les mains dans les poches en cas d’alerte. Je m’enquiers de savoir si le niveau de la Loire est à la hausse ou à la baisse ; on m’affirme qu’elle est en décrue. Le lendemain nous apprendrons de façon formelle que c’était le contraire ; la gérante du camping n’avait sans doute pas envie de voir repartir un de ses rares clients en lui faisant peur ! Et après on s’étonne qu’il y ait des catastrophes et on se demande alors a posteriori comment elles ont bien pu arriver !

 Jeudi 21 avril

Châteauneuf-sur-Loire – Orléans  103 km

      Le réservoir d’eau propre complété, les vidanges effectuées, une dose d’Aqua Quem remise dans les W.-C., la bouteille de gaz fermée, l’estomac bien calé par le petit-déjeuner, nous voilà prêts pour une nouvelle journée.

 Et en premier lieu, avant de quitter le bourg, la visite de Châteauneuf s’impose. Il faut se rapprocher de la cité car le camping est situé sur l’autre rive de la Loire. Trouver une place de parking gratuite sous la grande halle métallique du XIXe siècle n’est qu’un jeu d’enfant. La rue principale, très commerçante, conduit au musée de la Loire, installé dans un solide bâtiment à l’architecture classique planté au milieu d’un jardin. Il est bien organisé, instructif et riche d’objets, de photos, de vidéos, de projections, fait toucher du doigt ce qu’était autrefois la vie des bateliers, des pêcheurs, des ravaudeurs de filets, des chantiers navals et des mille autres petits métiers aujourd’hui disparus, ainsi que celle des populations riveraines. Un secteur cynégétique vient d’y être ajouté. Remarquable.

 Déjà la fin de la matinée ; on roule à travers des paysages verdoyants et bucoliques après avoir abandonné les rives du grand fleuve en direction du nord ; à Nibelle une fermette à trois corps de bâtiments abrite le rêve devenu réalité d’une vieille dame au style très « Quartier Latin », très artiste un peu illuminé : sa collection de masques, chapeaux, voilettes, éventails, robes de plumes et autres costumes vénitiens qu’elle a passé des années à confectionner. Elle nous accueille avec simplicité, nous guide vers ses réalisations puis se fait discrète et laisse visiter sans importuner. Et on se retrouve en tête à tête avec des mannequins parés pour le carnaval, dans des salles de sa ferme entièrement consacrées à son exposition, le travail d’une vie. Une discrète musique parfaitement appropriée nous accompagne, on s’y croirait.

 Cette dame est très fière d’avoir travaillé pour des cinéastes et pour le Carnaval de Venise, d’avoir côtoyé des artistes de premier plan. Quelque chose semble pourtant anachronique en ces lieux, c’est le mélange d’architecture rurale aux murs à croisillons de bois et les parures vénitiennes tout en raffinement de tulle, dentelles et de satin. C’est un mélange de siècles et de lieux.

 Elle nous explique que chaque année elle organise dans la ferme et le domaine qui l’entoure une grande fête vénitienne où tous les convives sont costumés, les rondo interprétés par des musiciens venus spécialement, le tout éclairé, le soir venu, par des torchères tout autour de l’étang privé. Ce faisant, elle nous ouvre la porte d’une ancienne étable transformée en luxueuse salle à manger superbement décorée où déjà, pour ce printemps 2005, les couverts sont dressés car la fête aura lieu en fin de semaine. Impressionnant.

 La dame a la délicatesse de ne faire payer la visite qu’une fois celle-ci achevée. Mais, contrairement à ce qu’annonce le GDR (Guide du Routard), elle ne pratique aucune réduction pour les porteurs de cet ouvrage. Ça n’a aucune importance, on vient de passer un moment sur une autre planète.

 Nous poursuivons en prenant la route qui conduit au château de Chamerolles. Le GDR lui attribut trois « Routards », évaluation généreuse que nous ne partageons pas. On est bien au Moyen Age avec tours de défense, pont-levis, douves, mais tous les murs extérieurs sont crépis, ce qui ôte beaucoup de charme à l’ensemble ; quant à la visite, étayée par un audiophone, elle se résume à trois ou quatre pièces remeublées de bric et de broc d’objets qui n’appartiennent ni au style ni à l’époque et qui, en tout état de cause, ne sont pas d’origine.

 La majeure partie des locaux est consacrée à un vaste musée de la parfumerie où sont exposés des dizaines de milliers de petits flacons de toutes les marques et de toutes les époques. Intéressant, peut-être, mais aucun lien avec l’Histoire du château dont on voulait s’instruire.

 Allez, nous allons finir la journée par un autre musée, celui d’Arthenay, qui est consacré au théâtre forain. Photos anciennes de campements des roulottes de saltimbanques (au fait, connaissez-vous l’origine de ce mot ? C’est tout simple : dans les communautés anciennes, celui qui voulait amuser la galerie par des blagues ou des grimaces sautait sur le comptoir, la banque, plus tard devenus les tréteaux puis la  scène ; il était donc un
« saute-banque »),  croquis, marionnettes, maquettes, costumes, accessoires, masques de la Commedia dell’Arte, etc. Un bon moment au pays du rêve et de l’imaginaire…

 Dans la même enceinte et avec le même billet on peut visiter aussi le petit musée de la préhistoire régionale. Très intéressant.

 Ces petites escapades nous ont un peu éloignées de la Loire ; en redescendant sur Orléans nous la retrouvons. Arrivée en ville à l’heure de la sortie du travail ; bouchons et recherche de panneaux indiquant le Parc floral d’Olivet, site classé, où est implanté le camping, le seul de tout le secteur. Circulation difficile et délicate mais je sais qu’il faut franchir le fleuve. Nous y voilà, il est accueillant ; on nous demande 14,80 € pour la nuit, de midi à midi, plein d’eau et électricité inclus. La gérante est sympathique, elle nous offre un plan de la ville, un autre du quartier où elle surligne le trajet à suivre pour se rendre à pied à la station de tramway distante de 800 m, et elle nous délivre aussi les tickets. Tout simplement génial, on ne regrette pas d’être venus. Mais la promenade à Orléans sera pour demain.

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