Au fil de la Loire 2

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Mardi 19 avril 2005

Saint-Georges-d’Orques – Belleville 621 km 
 

  Tout ayant été préalablement préparé, le départ de Saint-Georges-d’Orques, près de Montpellier, peut avoir lieu comme prévu vers 9 h 30. L’autoroute A750 n’est pas achevée et la traversée de Saint-André-de-Sangonis restera jusqu’au milieu de cet été une vraie galère. Ainsi, une heure après avoir levé l’ancre le compteur n’affiche que 78 km. Et il a fallu gravir ce maudit « pas de l’Escalette » qui s’est plu à étouffer nos pauvres 103 ch et nous a contraints à progresser à 50 km/h. Mais on est en vacances, on ne va pas commencer à s’énerver, d’autant qu’il fait très beau et que la nature est en train d’éclore.

 Entrée magistrale, à tours de roues mesurés, sur le tablier de l’immense viaduc de Millau. Grandiose, magnifique ; quelle réussite ! Mais il en coûte 7,30 €. C’est cher mais que de temps gagné car bien sûr l’autoroute continue après la ville, là où jadis se tortillait une route malaisée.

 Petit à petit le ciel se couvre. Nous nous hissons tant bien que mal d’une côte à l’autre et à la mi-journée Clermont-Ferrand est annoncé à 40 km. Allez, ce n’est pas si mal. Pause repas.

 Le ciel, qui depuis un bon moment menace de nous tomber sur la tête, passe à l’action. Des giboulées puis une pluie persistante et soutenue ne nous quitte plus ; c’était bien la peine que je m’applique à astiquer le camping-car !

 A Clermont, erreur fatale. Sans doute assoupi par la digestion et le ronronnement du moteur, je me trompe de route, je suis bêtement le grand ruban au lieu de bifurquer à droite vers Nevers. Danielle s’est justement endormie au moment crucial et n’a pas pu m’avertir. Ce n’est que longtemps après que je constate ma méprise et voilà Danielle le nez collé dans la carte pour m’indiquer la meilleure transversale afin de rejoindre notre itinéraire.
Il faut pousser d’abord jusqu’à Bourges par l’autoroute puis prendre vers l’est à 90° en direction de La Charité-sur-Loire.  Curieusement, à l’arrivée à La Charité, le compteur n’accuse guère plus de kilomètres que si les routes normalement prévues avaient été empruntées.

 La Charité  et la découverte d’une Loire dont le flot impétueux et rapide affleure presque les berges. Peu habitués à voir des fleuves en crue, ça nous fait grosse impression. Des arbres semblent pousser au milieu de l’eau, là où normalement s’étirent des jardins de promenade. Des troncs, des branches sont charriés, des objets non identifiés en tout genre, l’eau est sale, jaunâtre. Les arches du pont ont l’air de s’être abaissées plus près de la surface. Cette vision éveille en nous un sentiment de prudence et de méfiance qu’il ne faudra pas oublier quand viendra le moment de chercher un coin sympa pour passer la nuit.

 Arrêt toutefois pour faire un petit tour de cette charmante bourgade dont les principales curiosités sont l’abbatiale, le prieuré et les remparts. La Charité doit son nom au charisme des moines qui s’y étaient installés et aidaient les pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est aussi la ville du Livre et il n’est donc pas étonnant d’y trouver tant et tant de librairies, maisons d’éditions et imprimeries. Un petit coup d’œil dans une vitrine permet de découvrir des ouvrages sans doute rares et anciens, probablement introuvables ailleurs, mais à des prix qu’on relit trois fois pour finir par comprendre qu’il n’y a pas erreur. Nous dénichons pourtant à prix normal un fac-similé d’une édition ancienne de bande dessinée de Bécassine qui nous tape dans l’œil et que nous acquérons. Génial !

 Étape suivante, Pouilly-sur-Loire, célèbre pour son vin, le pouilly-fumé.
Visite et dégustation chez un propriétaire s’imposent et nous voilà  repartant avec quelques litrons sous les bras… Quelques instants plus tard Sancerre nous pousse à commettre derechef le péché de gourmandise dionysiaque. Il faut bien, à l’occasion, penser à réapprovisionner notre cave, non ? Heureusement que la halte du soir approche.

 Et ce serait bien si elle pouvait se faire à Cosne-sur-Loire, mais le guide des aires pour camping-cars n’en parle pas. Sait-on jamais si on y rencontre quelques collègues déjà installés… Mais rien ni personne en vue, et cette Loire menaçante qui, aux dires des gens du coin, ne cesse de monter. Pas question de passer la nuit isolés en bordure du fleuve.
On pousse donc jusqu’à Belleville où le guide signale une aire dans le camping municipal.
En approchant, dans le crépuscule déjà bien avancé, se dessine au loin les deux cheminées d’une centrale nucléaire. Ah ! que je n’aime pas ça ; m’en approcher me donne des démangeaisons, j’en éprouve la même répugnance que celle provoquée par les insectes ou les reptiles. Un même panneau indique le nom de la localité et la direction de la centrale. Il va faire nuit, on n’a plus le choix, il faut y aller. On longe les installations de l’usine, on n’est qu’à quelques mètres du pied des colosses de béton fumants, tout illuminés d’orange ; le village est indiqué à seulement un kilomètre. Danielle et moi sommes mal à l’aise, c’est sans doute irrationnel mais c’est ainsi.

 Patelin désert, aucune indication permettant de s’orienter vers le camping ; on tourne et on retourne, personne dehors, il faut dire qu’il n’y aurait pas grand-chose à y faire, et en plus il ne fait pas chaud du tout. Enfin nous tombons sur l’office du tourisme, fermé, mais qui est entouré d’un superbe parking gravillonné, pelousé, arboré, bien plat et calme à souhait, un silence de mort, tout un programme. Alentour,  de gentilles maisonnettes plantées au milieu de leur jardin. C’est décidé, on va passer la nuit ici. On sera seuls, ce n’est pas rassurant par les temps qui courent, mais ont tâchera de ne pas se faire surprendre par la pendule le soir venu ! Et comme on est fatigués on s’endort sans plus penser à la centrale.

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