Au fil de la Loire 4

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Vendredi 22 avril

Orléans – Chambord  83 km

 Le tramway roule vers le centre d’Orléans. Avant de quitter le camping il a fallu sortir le camping-car sur le parking extérieur car notre retour n’est prévu que pour cet après-midi et il serait idiot d’être obligés de payer une journée supplémentaire pour avoir dépassé midi.

            Descente à la station Charles-de-Gaulle, en plein centre. Balade sur la place du Montroi, où Jeanne d’Arc trône sur son haut cheval perchée ; la cathédrale, bien que rebâtie au XIXe siècle dans le style gothique tardif à l’exception de la façade et des tours, qui sont du XVIIIe, donne à admirer ses vitraux et sa rosace, ainsi que ses cinq travées, ce qui est exceptionnel. Clovis y organisa le concile de 511, Charles le Chauve en 848 et Louis VI le Gros au XIIe siècle s’y firent sacrer rois, au grand dam des gens de Reims, mais bon, les querelles royales ne sont pas ma tasse de thé…

            L’ancien hôtel de ville est donné comme une petite merveille, malheureusement, comme cela arrive parfois en voyage, il est fermé au moment où nous y passons, en milieu de matinée, contrairement à ce qu’annonce le GDR. Déception. On aurait pu y voir la chambre où est mort François II, actuelle salle des mariages ; les appartements où vécurent Catherine de Médicis, Charles IX, Henri III et Henri IV, ainsi que de somptueuses tapisseries d’Aubusson. Mais ce sera pour une prochaine fois.

            Une flânerie dans le vieux quartier s’impose. Des ruelles abritent des échoppes de brocanteurs, galeristes, ateliers d’artistes, bouquinistes…Mais ni l’architecture ni l’état des rues ne sont éblouissants.

            Retour à la station de tram par la rue Royale, qui abrite la maison où séjourna la Pucelle et rentrée au bercail sans avoir vraiment vibré pour cette ville. Il y aurait bien eu une promenade à faire à pied dans le Parc floral, près du camping, mais nous préférons reprendre la route pour nous avancer. Et nous n’avons pas à le regretter car deux arrêts à  Meung-sur-Loire et Beaugency nous permettent une plongée dans une ambiance médiévale du plus bel effet.

            A Beaugency, le camping est ouvert aux camping-caristes qui veulent vidanger et faire le plein d’eau même en n’étant pas clients. Les services sont totalement gratuits. Un grand coup de chapeau à la municipalité mais un zéro pointé pour le guide qui ne le signale pas !

            L’itinéraire du jour nous a encore fait passer tout près d’une centrale nucléaire, la troisième ; je suis scandalisé, d’autant que le guide a « oublié » de les mentionner de même que les prospectus que l’on peut acquérir dans les offices du tourisme. Nos édiles et autres responsables du tourisme, qui semblent si convaincus de leur nécessité, en éprouveraient-ils en même temps quelque honte ?

 Enfin entrée dans le domaine de Chambord, juste pour prendre connaissance des lieux et repérer les possibilités de stationnement. Dans l’enceinte, tout est tiré à quatre épingle et les chances de pouvoir y passer la nuit me semblent minces. J’avais repéré deux campings qui accueillent les camping-cars, l’un à Huisseau-sur-Cosson, l’autre à Bracieux, tous deux distants de 5 km. Nous allons d’abord à Huisseau, c’est fermé, contrairement aux informations du guide des aires de service Le Monde du Camping-Car.

 Nous allons voir à Bracieux et pour ce faire retraversons le domaine d’État. Ce faisant, à l’intersection de deux routes, un restaurant, le « Chambourdin » trône superbement avec, juste devant, son parking. Danielle propose d’aller y prendre un petit rafraîchissement  et proposer d’y manger ensuite s’il est toutefois possible de passer la nuit sur le parking.
Ce serait vraiment bien, car nous ne sommes là qu’à 300 m du château. Sitôt dit sitôt fait, la patronne, sympa, est d’accord. Elle nous explique que le restaurant est propriété de l’État puisque Chambord est la seule commune de France entièrement propriété de l’État, et que nous devrons donc nous faire discrets car ce que nous allons faire est en principe interdit ; pour ça, pas de problème, mais l’avantage réside dans le fait que nous serons sur place, dans un petit moment, pour contempler les illuminations du château.

            Il ne serait pas correct d’omettre de signaler que le « Chambourdin » propose une excellente cuisine, très fine, composée de produits de la région (champignons, gibier…) à des prix tout à fait corrects et très abordables. Sans vouloir me répéter, le GDR ne l’évoque même pas.

            Après le repas, la nuit étant tombée, nous partons faire une promenade au pied du château illuminé ; c’est évidemment grandiose et il n’y a pratiquement personne ; seules quelques gouttes de pluie tentent de nous gâcher la fête, en vain.

            Et nous avons dormi dans le domaine royal comme des LOIRs ET pour pas CHER !

Samedi 23 avril

Chambord – Cheverny  17 km

 La pluie est tombée une bonne partie de la nuit. A 9 h 30 nous sommes déjà devant le portail du château pour le visiter ; contretemps, l’ouverture se fait à 10 h 30. Nous mettons à profit cette heure pour parcourir les berges du canal et prendre du recul pour bien apprécier la complexité et la majesté de l’édifice.

            Une guide passionnée nous prend en main, elle n’est pas du genre à réciter bêtement un texte appris par cœur. De ses lèvres s’exhale l’histoire du château et, par là même, l’Histoire tout court. Nous voilà suspendus à ses propos même si notre érudition ne permet pas toujours de démêler la complexité des liens familiaux d’une aristocratie à multiples tiroirs.

Qu’importe, c’est si passionnant, on se sent comme porté par ce riche passé qui est le nôtre, on est hypnotisé, on nage avec bonheur dans la rêverie, on remonte le temps, on imagine,
on voit les gens de cour, on les entend, c’est merveilleux !

            La visite s’achève, je regarde ma montre, il est 13 h 15 ; on n’a pas vu passer le temps !

            Repas sur le pouce dans le camping-car puis route en direction du château de Moulinsart, heu, je voulais dire de Cheverny. Il est vrai qu’Hergé s’en est fortement inspiré pour nous conter les aventures de Tintin. Ici les salles sont très meublées, contrairement à Chambord. Mais à Chambord on nous a mis en garde contre le mobilier de la plupart des autres châteaux qui n’est ni authentique, ni parfois même d’époque, ni disposé à la manière originelle. Mais ça tape à l’œil et le public aime ça ! Et Chambord n’a pas voulu tomber dans cette tromperie, quitte à présenter des salles entièrement nues dans la mesure où le mobilier a disparu ou n’est pas connu.

            Et justement Cheverny est bien meublé mais de façon tout à fait anachronique : des meubles Louis-XIII côtoient des objets contemporains, une commode Louis-XVI, des photographies de la famille des actuels propriétaires, etc. Tout est falsifié mais donne une impression de richesse qui a les faveurs du visiteur non averti.

            Une dépendance abrite un musée Tintin tout à fait drôle et réussi.

            A 17 heures, le chenil, qui compte une meute de 100 chiens de chasse est le théâtre d’un spectacle peu commun pour nous : le repas du soir. Une foule dense de visiteurs se serre autour  des grandes grilles ; j’arrive à apercevoir les pelages fauves. Pourtant pas un bruit, pas un seul aboiement, le calme absolu ; c’est vraiment surprenant. Tout à coup tous les animaux sont libérés ensemble, leur maître lance d’énormes morceaux de viande à la volée, c’est alors une invraisemblable ruée dans un concert d’aboiements et de grognements rageurs. Les morceaux sont tiraillés pars cinq ou six gueules à la fois, se déchirent finalement et chacun trouve ainsi de quoi satisfaire son appétit. L’opération n’a pas dépassé les cinq minutes, tous les chiens ont retrouvé leur calme.

            Une info pratique et intéressante pour la visite de Cheverny : à moins de 100 m de l’entrée un grand parking gratuit est aménagé spécialement pour les camping-cars. De plus, un panneau y indique qu’à 1 km le camping « Les Saules », sur la route de Contres, est aménagé d’une aire de services Euro Relais pour accueillir les camping-cars. C’est sur la commune de Cheverny, le prix pour 4 personnes y est de 12,50 € de 18 h à 10 h. Le téléphone est le 02.54.79.90.01. Mais l’office du tourisme indique qu’il n’est pas interdit de passer la nuit sur ce parking, alors, comme nous n’avons besoin d’aucun service ce soir, nous coucherons là, sous la protection du capitaine Haddock.

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